rencontre autour du CINEMA PORTUGAIS
édition 2025 # 2
En partenariat avec "Cinéluso, pour la connaissance du cinéma portugais" (Lille) nous vous proposons ces cinquièmes rencontres avec notre ami Jacques Lemière.
Comme lors des précédentes éditions, nous vous proposons de partager un repas d'inspiration portugaise.*
Pour nous permettre une bonne préparation, il est impératif de s'inscrire préalablement à l'accueil lors d'une séance ou par mail.
* Participation : adhérent-e : 10 € , non-adhérent-e : 15 €
La programmation de ces cinquièmes rencontres s'organise autour deux axes.
⇒ Pour la soirée du samedi :
Histoire du Portugal (de la 1ère République, 1910 à la chute de l' "Etat Nouveau" le 25 avril 1974) et histoire du cinéma portugais
Propagande salazariste (1936) et, 40 ans plus tard, critique de la propagande (1976)
⇒ Pour la journée du dimanche :
Fiction contemporaine, réel et enjeu décolonial
Introduction (1994 - 2023) à l'oeuvre de Pedro Costa, entre Cap-Vert et Portugal
Histoire du Portugal et du cinéma portugais
Ce programme place en miroir deux films : un film officiel de propagande, tourné en 1936 par Antonio Lopes Ribeiro, qui vante « l’Etat Nouveau » de Salazar et sa « Révolution Nationale », et un film, réalisé en 1976 par Rui Simões, dans l’atmosphère révolutionnaire de 1974-1975, film de critique des piliers idéologiques du régime salazariste.
Samedi 4 octobre - 17h00
Propagande
La Révolution de Mai (A Revolução de Maio)
film de António Lopes Ribeiro
Fiction
2h18
1937 - Portugal
Ce film de propagande, tourné en 1936, fut commandé (et produit) par l’Etat salazariste au « cinéaste de régime » António Lopes Ribeiro - sur un scénario qu’il a co-signé (sous deux pseudonymes) avec l’idéologue du régime » António Ferro, alors dirigeant du Secrétariat de la Propagande Nationale - pour commémorer, par les moyens du cinéma, le coup d'Etat militaire du 28 mai 1926 qui avait mis fin à la 1ère République portugaise (1910) et qui avait permis à Salazar, profitant de la dictature militaire et la dépassant, de jeter les bases de l’État autoritaire, corporatiste et colonial que fut, dès 1933, l'Estado Novo (l'État Nouveau) au Portugal.
Le film est construit, avec une habile perversité (les deux co-scénaristes sont alors très avertis de ce qui se fait de mieux dans le cinéma mondial, y compris, du côté de la jeune Union soviétique, les films d’Eisenstein), sur le principe de la "conversion" finale, face à l’observation des réalisations du régime, d'un opposant, César Valente, décrit comme un révolutionnaire professionnel qui, après plusieurs années à l’étranger, revient au Portugal pour y préparer un soulèvement.
Le film articule cette fiction à des images documentaires tournées en 1936, dans le cadre du régime, pendant les cérémonies du 10ème anniversaire du coup d'Etat du 28 mai 1926, qui fut nommé, par les salazaristes, la « Révolution de Mai ». (J.L.)
Merci à la Cinémathèque du Portugal de nous permettre cette présentation
Samedi 4 octobre - 21h00
Critique de la propagande
Dieu, Patrie, Autorité (Deus, Pátria, Autoridade)
film de Rui Simões
Documentaire
1h50
1976 - Portugal
Ce film fut réalisé, il y a bientôt 50 ans, dans un pays en plein « Processus Révolutionnaire En Cours" (PREC) : le mouvement révolutionnaire, ouvrier, paysan et populaire dépassant, dès l’aube du 25 Avril 1974, le coup d’Etat militaire « des capitaines » qui fit, ce jour-là, tomber le régime fondé par Salazar (1889-1970) et continué (à partir de 1968) par ses successeurs, en même temps qu’il ouvrit à la fin de la guerre coloniale puis à l’indépendance, en 1975, des pays d’Afrique de colonisation portugaise (Angola, Mozambique, Guinée-Bissau).
Rui Simões (également auteur, en 1980, de Bon Peuple Portugais) y déconstruit, en empruntant les grilles d'analyse marxistes de l’époque, ce que furent les piliers idéologiques de ces quelques 40 ans d’ordre salazariste, dans un montage critique d’images et de sons d’archives, de films d’actualités issus de la période 1910 (la fin de la monarchie et l’institution de la 1ère République) - 1974 (la révolution dite « des œillets »).
Ce film-essai (qui fut le premier long-métrage, réalisé après le 25 avril 1974, à analyser le régime déchu par un montage de documents de la radio-télévision portugaise et qui, à partir de sa sortie à Lisbonne le 21 février 1976, a connu une diffusion dans tout le pays et un large succès populaire) est caractéristique d’une partie de la production cinématographique en ce moment précis, très activiste, et lui-même très idéologisé, de l’histoire du Portugal. (J.L.)
Fiction contemporaine, réel et enjeu décolonial
Introduction (1994-2023) à l'oeuvre de Pedro Costa, entre Cap-vert et Portugal
L’œuvre de Pedro Costa s’appuie, depuis son origine (Le Sang, 1990) sur une volonté fictionnelle. Depuis Dans la Chambre de Vanda (2000, qui a pu alors passer, à tort, pour un ralliement de sa part à la forme documentaire), cette volonté se fonde sur un diagnostic qui déclare la fiction cinématographique « épuisée, en crise » et qui rejette son mode de travail dominant comme obsolète (les grosses équipes, les tableaux de planification et de service, les camions de matériel, les acteurs professionnels …).
Il s’agit alors pour Pedro Costa de refonder la fiction en l’adossant sur le réel, avec d’autres méthodes de travail qui sont le temps, l'immersion longue, l'enquête, et le travail avec des acteurs non professionnels : en l'occurrence, approché dans sa dimension politique, le réel de la communauté ouvrière cap-verdienne de la périphérie de Lisbonne, au Portugal.
L’œuvre de Pedro Costa (sept longs-métrages depuis 1990, et un huitième, qui sera un film musical, en cours de tournage actuellement), objet d'une reconnaissance mondiale, est, a fortiori, incontournable dans ce parcours, ouvert à Villedieu en mai 2018, de découverte raisonnée du cinéma portugais et de son histoire. Nous en proposons ici une introduction, « entre Cap-Vert et Portugal ».
Dimanche 5 octobre - 10h00
Casa de lava
Première mondiale au festival de Cannes 1994
Second long-métrage de Pedro Costa, et son premier film tourné au Cap-Vert, ce film deviendra la base de son lien, désormais jamais interrompu, avec le monde social des ouvriers cap-verdiens émigrés à Lisbonne. Pedro Costa présentait ainsi Casa de Lava dans le Guide 1991-1994 de l’Institut du cinéma au Portugal, alors nommé IPACA :
« Leão, immigrant sans carte de séjour, ouvrier cap-verdien, chute sur le béton armé d’un grand chantier de Lisbonne. Accident ? Suicide ? Deux mois plus tard, l’affaire est oubliée : cet homme sans papiers ni famille, en dépit d’un coma profond, semble s’accrocher à la vie avec une volonté presque surhumaine. Mariana, la jeune infirmière qui a assisté sa convalescence, se propose de l’accompagner dans un voyage de retour au pays. Destination : Archipel du Cap-Vert, l’île de Fogo. Durant sept jours et sept nuits, Mariana va courir « le volcan des femmes et des femmes et des enfants » sur la piste de cet homme maudit que personne ne veut reconnaitre. Et à force d’en savoir plus, Mariana ressuscite des haines et des passions aussi mortes que le pauvre Leão ». (J.L.)
Merci à Pedro Costa de nous permettre ces projections
Dimanche 5 octobre - 14h30
Vitalina Varela
Léopard d'Or du festival de Locarno en 2019
Léopard de la meilleure interprétation féminine
Fiction
2h04
2019 - Portugal
Projection précédée de la présentation du court métrage Les filles du feu (As Filhas do Fogo)
Une œuvre musicale, croisant musique baroque et chanson ukrainienne, avec trois interprètes, Elizabeth Pinard, Alice Costa, Karyna Gomes, qui incarnent trois jeunes sœurs séparées à la suite de l’éruption du volcan de Fogo, au Cap-Vert.
Pour Pedro Costa, ce court-métrage est une étape (après Vitalina Varela, 2019) vers la réalisation de son prochain long-métrage, en cours de tournage : un film musical, dont les chants seront captés en son direct. (J.L.)
« Vitalina Varela, une Cap-Verdienne de 55 ans, arrive à Lisbonne trois jours après les obsèques de son mari. Elle attendait son billet d’avion depuis plus de 25 ans ».
Tel est le synopsis « officiel ».
Ce film est venu compléter en 2019, dans le parcours de travail de Pedro Costa, la trilogie du quartier informel de Fontainhas, annoncée par Ossos (1997) et réalisée dans la banlieue de Lisbonne (à Fontainhas, puis, après la destruction de ce quartier, dans des lieux similaires, ici Cova da Moura) : en 2000, Dans la Chambre de Vanda – en 2006, En avant, jeunesse (titre portugais : Juventude em Marcha) – et en 2014, Ventura (titre portugais : Cavalo Dinheiro).
« Film jumeau, vraiment, de Cavalo Dinheiro », dit, du film Vitalina Varela, Pedro Costa. Précisons : un personnage féminin, personnage encore secondaire dans Cavalo Dinheiro (le film précédent, construit autour de la figure masculine du vieil ouvrier Ventura) devient central dans Vitalina Varela, qui lui-même se recentre, à partir de la vie de cette femme, sous le poids de son deuil, et sous l’effet de la distance que constitue l’émigration, sur la question des relations entre les femmes et hommes. Sachant que Vitalina Varela, la femme qui porte ce nom, qui est son vrai nom, est, comme dans tous les films de Pedro Costa depuis 2000, à la fois une personne et un personnage. Et aussi que, dans cette trilogie devenue une tétralogie, ce film est le seul qui fasse revenir le spectateur au Cap-Vert de Casa de Lava, celui de l’île de Fogo.
(J.L.)
Un très grand merci à Jacques Lemière (Cinéluso, pour la connaissance du cinéma portugais - Lille) pour sa fidélité, pour ses textes de présentation des films et pour l'animation de ces rencontres.
Jacques Lemière nous fait partager sa passion pour le cinéma portugais depuis 2018.